jeudi, avril 12, 2018

Francis Van Nobel 2017 - Vie et mort du Comité de vigilance médiatique

Le comité est mort. Le comité est mort de son vivant, le comité est mort d’avoir trop vécu, mais surtout, le comité est mort d’avoir trop bien vécu. Quelle vie ! Quelle vie !!!

Le comité n’est plus. mais maintenant vous êtes là.

Quel destin ! Quel destin inique d’avoir à suivre autant de décérébrés. Quand on pense que certains cercles bien pensants s’accordent encore à dire que les footballeurs et les supporteurs sont des cons. Alors qu’il suffisait de mieux pointer le curseur et de s’apercevoir que la plaie béante, suintante, en constante infection qui gangrène les esprits en jouant les Jeanne d’Arc en mauvais papier, cette putréfaction avancée vient de cette corporation népotique, fruit de relations consanguines entretenues sur plusieurs générations pour donner comme unique résultat positif, le développement d’un virus bien identifié dans les contrées isolées de nos montagnes : le crétinisme alpin. Non le comité de vigilance médiatique n’est pas de salut public, il est juste l’arme hara kiresque de la presse sportive. Puisqu’il s’agit d’elle mes amis, nommons-la. Pendant 9 ans, 9 ans, 9 longues années, chaque jour, de jeunes femmes et hommes ont bravé le confort pré-apocalytique de nos sociétés qui n’ont de moderne que le numéro d’année qui grandit automatiquement tous les 12 mois. Ils ont défié la folie en s’y plongeant corps et biens… et mal aussi. Ils ont vogué sur le styx de la fange de ce qui se fait de pire. Certains se sont noyés, d’autres ont fui, peu sont vivants et il est rassurant de dire que ceux qui sont restés n’en sont pas sortis indemnes. Marqués à vie, ils le sont. Redevables, nous le sommes tous. Lecteurs de partout, journalistes de tous les dessous, détracteurs et jaloux, envieux et ripoux, objets de tous les courroux,

du Titanic dressé sur sa proue, le comité nous a dissous en digérant pour nous les égouts et la boue. Pourquoi des rimes en ou ? Parce que c’est le mot de toutes les questions qui nous taraudent maintenant ? Où trouver dans l’avenir l’équivalent du Comité ? Où sera la source purificatrice de cette diarrhée purulente qui nous submerge ici, là et ailleurs ? Où est donc la justice divine qui fait triompher le nombre grandissant de crétins au rythme toujours effréné d’émission qui n’ont qu’une chose à dire : ne zappez pas ? Le comité n’est plus mais maintenant vous êtes là.


Le comité n’est plus et c’est la plus belle des victoires. L’épée du comité est restée longtemps dans le corps de sa victime, il est important d’achever les souffrances, de retirer la lame et de laisser jaillir ce flot ininterrompu, chaud et collant, visqueux, désagréable, inconfortable. Le comité vous a nourri mais encore plus par la répétition quotidienne de cette récolte inespérée, le comité a permis d’aiguiser un regard pavlovien sur la sémantique du football. OYEZ OYEZ !! Gardez tous une seule vérité en tête à partir de ce soir, vous n’avez sans doute plus besoin du comité.

Le comité ne vous a pas offert du poisson, il vous a offert un bateau de pêche pour les grands fonds. Le comité a souligné tant d’inepties que vous saurez évidemment les reconnaître. Le comité a pointé tant de discours faciles que vous saurez évidemment les reconnaître. Le comité a cité tant d’auteurs nécrosés de leur suffisance à s’écouter aligner les platitudes que vous saurez évidemment les reconnaître. Le comité s’est fait tant d’ennemis de l’honnêteté intellectuelle qu’à chaque retournement de veste ukrainienne, évidemment, vous saurez les reconnaître. Le comité a tant de fois défailli devant les gigotements vains de ces pauvres hères en mal de reconnaissance que vous saurez évidemment les reconnaître. Gonflés de ces années, vous êtes tous le comité autant que le comité a été vos yeux pendant ces années. Le comité n’est plus mais maintenant vous êtes là.

Ils sont nombreux, les délateurs, à avoir été de l’aventure de HorsJeu bien sûr, ils ont tous été à un moment ou un autre cité dans le comité. Même une fois, mêmes sans écrire, même sans se faire connaître, même même même sans avoir été cité parfois. L’histoire est belle, elle est celle des internets 2.0, elle est celle débutée comme moi sur feu le forum du site d’avant. Ce forum où un seul homme faisait sa loi, chassait l’imposteur, reniait le sérieux, dénigrait l’arriviste. A sa matraque, chacun se soumettait, chacun dessous Moké. Le comité le rejoint sans jamais l’avoir vraiment quitté. Il y avait les gros membres, il y avait Moké, il y a eu tous les suivants. Le comité, ce n’était pas seulement le bonheur malsain et sadique de dénoncer la connerie sortie de son contexte, c’était également un jeu sans aigreur, se donner la distance pour voir ce qui ne faisait pas intelligence, ce qui sonnait faux dans cette marée quotidienne d’articles, d’alertes, de notifications et de brèves évidemment de comptoir. Et c’est enfoncer une porte ouverte que de dire que c’est sur ce déferlement d’informations que certains médias jouent pour ne laisser le temps à personne d’analyser, jusqu’à oublier eux-mêmes de le faire, jusqu’à oublier l’existence de l’analyse. Le jeu est justement de dénicher ce qui sorti de son contexte, peut être différemment interprétable selon la lecture, le lecteur, le moment. Le comité n’a jamais été ce que ses victimes, forcément consentantes, faut pas abuser, à débiter autant de conneries pendant si longtemps, il faut y mettre de l’intentionnel, ce que ses victimes dénonçaient : un jeu de fléchettes faciles où les auteurs drapés d’un anonymat quand même bien relatif s’amusait à tordre des textes qui, et tout le monde le reconnaîtra, n’avaient rien de littéraire, ni de sportif, ni d’informatif.
Le comité n’est plus mais maintenant vous êtes là.

Le comité n’est plus parce que comme pour tout la connerie va trop vite et que nous avons beau y mettre toute notre bonne volonté, nous ne suivons plus aussi bien que nous le voudrions. Nous recentrons nos activités sur le développement des filières chinoises de moins de 15 ans. Trop de médias, trop de Rastignac loanesque, trop de réseaux sociaux, finalement il n’aura manqué que 2 ou 3 millions de lecteurs pour nous assurer une rente pionnière dans la start up nation. Nous sommes restés à l’époque du brassage de l’air et de la vapeur. Le comité n’est plus mais vous êtes là. Vous êtes libres de continuer non pas la lutte mais ce jeu, juste ce jeu, car il faut en rire. « Je me presse de rire de tout de peur d’avoir à en pleurer » Beaumarchais fait dire à son Figaro Magazine dans le Christophe Barbier de Séville 1982 cette phrase définitive. Rions, riez, continuez de faire vivre cette passion en y apportant le peu de rigueur intellectuelle qu’il nous reste, le peu d’intégrité et de probité, cette intolérance à la facilité qui nous colle souvent au niveau du gazon le plus saint, tout aussi plaisant que cela puisse être parfois.
Le comité n’est plus mais heureusement vous êtes là et c’est aussi à mes camarades de cette folie qu’est HorsJeu que je m’adresse.


@TheSpoonerWay



Francis Van Nobel 2017 - Hot Moké d'or - Johan Micoud


Quel milieu de terrain de français, sélectionné en équipe de France en tant que meneur de jeu dans les années 90 et 2000 a été formé à Cannes avant de rejoindre Bordeaux puis d’aller jouer dans le sulfureux Calcio ??

Il est né le même jour que de grands artistes comme Bézu et WonderWoman en tête. Il est né le même jour que de grands sportifs comme Eric Tabarly et figurez-vous Arsène qu’il est né 10 ans jour pour jour avant le grand, l’immense Daniele De Rossi.

Il est né le jour de la Sainte Christine, celle qui rit quand on la girondine et de la Sainte Ségolène, celle qui crie quand on la breme.

Yoyo Micoud est un grand homme. Jamais tellement footballeur, jamais tellement consultant, jamais tellement entrepreneur, jamais tellement producteur, jamais tellement président, c’est tout à la fois avec des principes : intégrité, droiture, rigueur. Nombreux sont ceux qui pensent qu’un footballeur qui parle spontanément est un petit con. Ils ont com-plé-te-ment raison. Ce n’est justement pas ce qu’est Joan Micoud. Pourquoi ? C’est une rock star et l’histoire lui donnera raison, il sera largement réhabilité quand on oubliera des pseudos-bons joueurs qui ont bénéficié d’une concurrence moindre à leur poste en sélection nationale ! Allez ! Allez voir les sélectionnés de l’équipe de France, certains ont un nombre de sélection incompréhensible et Yo Micoud est à 17, comme la température de dégustation.

Il est d’ailleurs intéressant de plonger dans l’étude de l’homme et de trouver ses deux filiations. L’une par la posture, le caractère et le timbre de voix, le positionne naturellement comme un héritier d’Eric Cantona. Port altier et timbre grave font de lui une personne écoutée à qui l’on ne s’oppose pas sans avoir pris certaines assurances. La seconde par le parcours de Cannes en Italie en passant par Bordeaux et surtout la coupe du monde 2002. Cannes, oui ok. Bordeaux, très bien, il explose. Personne ne reviendra sur le vol éhonté du titre de 1999, ce n’est pas un joueur auquel on reproche de bien jouer et de gagner. Seuls les Parisiens de l’époque méritent Nuremberg pour leur propre forfaiture. Cannes, Bordeaux et l’Italie, cela vous rappelle forcément Zidane. Ils ne sont évidemment pas du même standing. Il n’empêche. Jojo Micoud est racé, il apporte une touche personnelle à la construction du jeu et est souvent la clé qui ouvre les défenses comme une mer rouge qui se respecte. Il gagne des trophées dans chacun de ses clubs, de Cannes à Bordeaux, de Bordeaux à Breme, en passant par cette sombre équipe de Parme, choix qui jette un léger doute sur la propreté de sa carrière. Mais passons et revenons sur l’événement qui lui ferme la porte de la sélection et donc de sa médiatisation en France et donc d’une meilleure place dans l’imaginaire collectif. C’est le fait majeur, il y a 16 ans maintenant.

2002. Championne du monde et d’Europe, la France est favorite de la coupe du monde. Adidas claironne la 2e étoile sur tous les écrans du monde. Mais Zidane se blesse en match de préparation contre une équipe élevée à l’eau de source et au babybel, la Corée du Sud. Habituée des grands rendez-vous depuis longtemps, cette grande nation du football finira demi-finaliste éliminée sur un coup du sort de Ballack à la 7e minute d’une demi-finale au suspense insoutenable. Revenons à Yannick Micoud. En 2002, les deux meilleurs joueurs du monde sont Zidane et Pirès. Pirès se fait les ligaments en mars 2002, Zidane le quadriceps en préparation. Lemerre doit sélectionner Jean Micoud en 10. C’est la logiquemême, le sens de l’histoire, une évidence crasse pour tout le monde, aucun doute n’est permis, on ne gagne qu’avec un 10. Mais Lemerre ne titularise pas Jean-Pierre Micoud pour le 1er match. Incompréhension. Il le titularise pour le 2e match mais le joueur patauge dans une équipe qu’il connaît peu. Et Lemerre le retire pour le 3e match pour mettre un Zidane cul-de-jatte en pariant sur le boost émotionnel du vestiaire. Raté. RATE PUTAIN ! La France est éliminée au premier tour (comme l’Argentine, autre favori) et on ne sait toujours pas ce que faisait exactement Micoud dans cette sélection. Boudin avec la sélection, rupture avec l’opinion publique car il n’a pas su remplacer les absents et devenir le sauveur providentiel. Mais lui a-t-on donné la possibilité de le faire ? Non évidemment et cela en est terminé des espoirs de voir Micoud dans les premiers rôles du renouveau de la génération dorée.

Pour parler d’une personne comme Jean Micoud, ne nous arrêtons pas à de basses contingences matérielles comme le palmarès.

Retraité en 2008, Yann Micoud n’a pas tardé à mettre à profit ses centaines de millions engrangés dans sa carrière pour diversifier son panier de biens, minimiser le risque d’aléas financiers, d’aléas tendance baissière pour être précis, et investir, investir, investir. Un restaurant, un label de musique et un domaine viticole de fort belle facture, surtout celle des bouteilles qui s’échangent moyennant plusieurs centaines d’euros pièce. Mais le meilleur investissement pour un champion, c’est encore le champion lui-même. Jean Yanne Micoud est donc devenu consultant. Un consultant qui prend son temps pour éclore ; grandir et faire siennes les règles du PAF. Aujourd’hui en 2018, il arrive à maturité, il a vieilli, s’est bonifié et nous régale les papilles en argumentant, en analysant, en défendant un point de vue sans asséner des poncifs et surtout sans porter comme une bannière la carte de presse, sésame de l’ouverture de gueule intempestive.

Jacques-Yves Micoud, héros ténébreux au verbe cinglant et au regard accusateur, est bien plus que l’ombre de Zidane, il est aussi un héritier de Cantona. Du talent plein les pieds, une tête bien posée sur des épaules hautes et solides, un regard aigu, une langue pendue et le poing si souvent levé. Il se tait quand il a fini de parler et fait peu de cas de la courtoisie si son interlocuteur le prend de haut. Jeanne Micoud est un grand homme qui mérite toute notre attention car la fameuse génération dorée a écrasé la perspective des autres belles carrières de l’époque. Celle de Micoud en est une.

Quand vous demandez autour quel est le plus grand match de l’équipe de France des 25 dernières années, il y a généralement deux réponses, le France-Ecosse (5-0) de 2002, mon préféré, et le Turquie-France (0-4) de 2000. Micoud en était et avait marqué.

Quand vous demandez autour quel est le plus grand match de Ligue 1 des 25 ans dernières années, il y a généralement deux réponses, le OM-Montpellier de 1998 (5-4), mon préféré, et le Bordeaux – PSG (5-3) de 1996. Micoud en était et avait marqué.

Jamais très loin de la lumière, Johan Micoud n’est jamais resté dans l’ombre. Il a joué sa carte et a relevé nombre de paris que d’autres joueurs n’ont jamais préféré tenter. Le dernier en date et sans doute le plus dur, celui de rester fidèle à l’Equipe du soir, pas pour le programme en lui-même mais pour avoir à se farcir des interlocuteurs dont la mauvaise foi est le plat de résistance. Résistance, un sentiment qui lui va d’ailleurs très bien. Résistant, fidèle et reconnaissant, depuis 2 ans, Johan Micoud a pris la présidence de son club formateur l’AS Cannes aujourd’hui en National 3, avec l’objectif d’en faire de nouveau un club professionnel sur des bases saines sportivement et financièrement. A son image.

Terminons cet hommage avec un passage qui le définit si bien, extrait du guide Hachette des vins, chroniquant son domaine, Château La Connivence :
Le nez, intense, mêle les fruits noirs à l'alcool, les épices douces, la réglisse et le toasté de la barrique. Souple et concentré sur le fruit en attaque, le palais monte en puissance, dévoilant un superbe volume, des tanins denses et soyeux et une longue finale fraîche et alerte. Le mariage réussi de la force et de l'élégance.

@TheSpoonerWay



mardi, mars 14, 2017

Kopa, une question actuelle

Encore un hommage à Kopa ? Oui.
Encore écrit par une personne qui ne l’a jamais vu jouer ? Oui.
Encore des images d’une époque révolue ? Oui.
Encore, encore, encore, encore et toujours plus de Kopa tant que vous ne comprendrez pas qui était cette personne et qu’il soit une bonne fois pour toutes dans le Panthéon, si ce n’est des mémoires collectives, au moins des amateurs de football.
Alors inutile de préciser que le palmarès ne sera pas évoqué ici, Wikipédia le fait très bien et tous ceux qui n’ont rien à dire s’étendront suffisamment dessus dans tous médias préférés. Qu’est-ce que Raymond Kopa aujourd’hui ? C’est avant tout une preuve de plus que la génération de nos grands-parents disparaît inexorablement. Kopa, c’est l’un des premiers personnages de connivence footballistique avec les vieux. Pour certains, il y avait Ben Barek, puis Kopa et Fontaine, loin devant Piantoni, Jonquet et Marche. Certains étrangers allaient avec ces Français : Puskas, Di Stefano, Matthews, Gento, Yachine… en attendant les années 60 et les révolutions Pelé, Eusebio, Charlton et compagnie. Raymond Kopa est un nom aussi intrigant qu’obsolète. Portons le voile du deuil mais tombons le masque, les premières évocations de Kopa sentent un peu l’aïeul défraîchi et il évident qu’il n’apparaît pas dès notre plus jeune âge comme un héros à la hauteur d’un Papin ou d’un Waddle me concernant.
Kopa, on y vient forcément un peu plus tard mais pas trop. Pour de nombreuses raisons : parce qu’il n’est pas possible d’évoquer un grand espoir sans évoquer Kopa, parce qu’il n’est pas possible d’évoquer une belle équipe de France sans parler de France 1958, parce qu’il n’est pas possible d’évoquer un Français qui réussit dans un grand club étranger sans le comparer à Kopa au Real, parce qu’il n’est pas possible de parler d’ascenseur social du football sans penser à Kopa, parce qu’il n’est pas possible de mettre en avant les immigrés comme fierté de la France sans mettre Kopa en tête de gondole et parce qu’il n’est pas possible de parler ballon d’or français sans rendre honneur au premier vainqueur français, Raymond Kopa. Parce que le surnom de Kopa était Napoléon, rien de moins. Je vois venir les plus malins qui essaieront de faire un jeu de mots avec la Corse (la coppa et Napoléon), c’est inutile, Raymond lui-même avait adopté depuis longtemps cette île magnifique comme résidence.
Il sera facile de s’attarder sur ses faits de gloire et sa place médiatique de l’époque mais l’important n’est pas là. Aujourd’hui, Kopa est un exemple, pas seulement d’intégration, ce serait réducteur mais d’abnégation, de courage, d’opportunisme, de travail, d’indignation (sous doute un brin intéressée mais tout de même), de succès, de respect et de classe. Il suffit par exemple d’écouter Kopa parler de son histoire, pour être surpris et se dire qu’il y a peu de personnes publiques capables de parler une langue aussi soutenue. Et il a commencé mineur. Et il était footballeur. Et le polonais était la langue parlée chez lui. C’est sûr qu’il pouvait apparaître parfois hautain mais qu’on ne lui fasse pas de mauvais procès, il était la star, la Bardot du foot. C’est sûr qu’il pouvait apparaître personnel ou individualiste mais qu’on se rappelle bien que le dribbleur, c’était lui et personne d’autre. Tête de proue du football champagne avec le Stade de Reims avant et après son passage au Real Madrid, il a été le défenseur des droits des footballeurs, lui l’auteur du « J’accuse » de l’époque en 1963 : « Les footballeurs sont des esclaves ». Il était le seul à pouvoir se permettre cela sans remettre en question son statut et sa carrière. Suspendu tout de même, il a fait le principal et remis en question le droit de vie et de mort des clubs sur les joueurs avec les contrats à vie. Lui a pu aller au Real et nombreux sont ceux qui devaient passer leur carrière avec le même maillot, le fameux amour forcé du maillot tant clamé par les abrutis.
Le leader d’une génération aussi, celle de fils d’immigrés du début du siècle, celle d’ouvriers, de mineurs qui faisaient le sale boulot, là où on risquait sa vie. L’intégration des ces populations ne s’est pas faite sans mal, sans perte, sans stigmatisation, comme toutes les générations d’immigrés. Les Ritals et les Polaks étaient rien de moins que les Bamboulas ou les Bougnoules qui leur ont succédé dans le conscient collectif, car leurs identités n’ont rien à voir avec l’inconscient ou l’imaginaire collectifs. Et comme à chaque époque, comme à chaque population originaire d’ailleurs, se lève un symbole pour leur montrer l’importance, la richesse de ces petits nouveaux et par dessus tout montrer par l’exemple le plus éclatant la bêtise des peureux, des racistes, des gens en place. Kopa à côté de Piantoni pour accompagner Fontaine, la France de 1958, c’était celle-ci sans doute un peu plus que celle incarnée par le Général. Un peu comme aujourd’hui où ce genre de figures tutélaires est indispensable pour mettre en perspective ce qu’il est possible pour tous d’accomplir dans ce pays. Fait le plus significatif, les meneurs de jeu français Ballon d’or ont tous correspondu aux vagues d’immigrations successives : Kopa, Platini et Zidane.
Mais Kopa, malgré le symbole qu’il est indispensable de garder d’une manière plus discrète qu’un Mimoun par exemple, nous ramène à notre condition de mortel. Il ne suffit pas d’être une idole même lointaine pour être éternelle. Même si Just Fontaine et Roger Piantoni sont encore là pour entretenir la flamme, la même que celle qui était dans les yeux de mon grand-père quand il me parlait de son époque. Et celle que je voudrais avoir quand je parlerai de Zidane.


Dernier signe des plus grands, Kopa a le même nombre de sélections en Equipe de France que Cantona.

@TheSpoonerWay

Article à retrouver sur horsjeu.net : http://horsjeu.net/hors-sujet/raymond-kopa-moderne/

jeudi, février 09, 2017

Francis Van Nobel 2016 - Hot Moké d'or 2016 - Laurent Blanc



Oh je vous vois venir. Oh oui je vous vois venir, vous vous demandez bien pourquoi Laurent Blanc est le Hot Moké d’or 2016. Laurent Blanc, ce type au physique ingrat, au talent indéniable, au palmarès magnifique, au français aléatoire, au look douteux et aux actes souvent manqués. Oui parfaitement, Laurent Blanc est incompréhensible qu’il soit adulé, jalousé ou viré. Sans être l’homme des faux, il peut paraître comme celui des semblants.

Analysons son parcours et voyez comme cela est troublant.

D’abord en tant que joueur professionnel, sur 20 ans, celui que l’on présente comme l’un des 3 meilleurs défenseurs français, n’a gagné que 2 championnats et 2 coupes nationales. Un championnat d’Angleterre en 2003 avec un niveau de jeu qui a fait dire à Alex Ferguson qu’il regrettait d’avoir vendu Jaap Stam pour le faire venir. Le reste a été gagné en France avec Auxerre (coupe et championnat 1996) et Montpellier (coupe 1990). Auxerre et Montpellier. Le mec a joué à Naples, à Saint-Etienne, à Barcelone, à Marseille, à l’Inter, à United et à Nîmes… 4 titres en 20 ans, c’est famélique et surtout, avec des clubs aux règnes éphémères, pardon pour les sensibles, mais Auxerre et Montpellier, c’est un peu l’équivalent chez les Papes de Jean-Paul 1er. On se souvient plus de la brièveté que du palmarès.

Chez les bleus ensuite. C’est un brin plus solide, mais encore une fois, le doute m’habite. On passe sur le titre européen avec les Espoirs en 1988 pour s’arrêter sur la superbe collection de tournois intercampings : deux tournois Hassan II en 1998 et 2000 avec des adversaires comme le Maroc, le Japon, la Jamaïque, une coupe Kirin en 1994 contre le Japon et l’Australie et un tournoi du Koweit en 1990. (SILENCE) Je vous laisse prendre en compte l’information : Koweit… 1990… Et les adversaires cette fois, vous voulez les connaître les adversaires : Koweit et RDA. Deux pays qui n’existaient même plus à la fin de cette année…

Je vous vois encore venir. Vous allez me dire « oui mais génération en or 1998 et 2000 ». Ok. Qui s’est occupé de Ronaldo en finale ? Hein ? Et attendez, il est allé brandir la Coupe du monde, LA COUPE DU MONDE !! en jogging… le maillot rentré dans le pantalon. Sans déconner. Non seulement il se fait avoir comme un vulgaire poussin en demi, mais il fait le plus improbable photobombing de l’histoire de la remise de la Coupe du monde. D’ailleurs, parlons-en un peu de son look. Ca fait 30 ans, quand il n’est pas en short, il est en polo avec un pull noué par les manches sur les épaules. Et quand il est entraîneur d’un des clubs les plus riches, il porte des lunettes de vue Oakley, même en costard. Des lunettes de vue Oakley. Mais sérieusement comment on peut avoir un tel écart entre la fonction et l’image. Même Julia Roberts en pute dans Pretty Woman est plus crédible que lui. Et le français, la syntaxe, la grammaire, tout ça ? vous croyez qu’il se serait payé une demi-heure de média training pour répondre aux 5 putains de mêmes questions qu’on lui pose tout le temps. Non, tout ça c’est « du pain à moudre » comme il dit.

Mettons quand même à son crédit personnel le titre à l’Euro 2000 où l’Equipe de France prend quand même 7 buts en 6 matchs. Eh oui. Même sur l’Euro 2000, il plane un léger voile jauni à l’urine. C’est quand même dommage, il n’y a jamais rien de clean.

Mais tout le monde reconnaît à Laurent Blanc une grande sagesse et il embrasse donc rapidement une carrière d’entraîneur, un grand entraîneur même. On se dit « voilà, le président saute le pas, il va forcément réussir ». Et oui ! Première saison d’entraîneur, il finit 2e. 2e saison d’entraîneur, il est champion 2009, un beau champion qui met fin au règne de Lyon. Et la saison suivante débute de manière incroyable, Bordeaux est irrésistible en France et en Europe, personne ne peut stopper Laurent Blanc. Bordeaux est qualifiée en quart de la Ligue des Champions et est encore 1er de la Ligue 1 le 20 mars 2010. Mais tout s’effondre. Bordeaux termine la saison à la 6e place… Les joueurs sont lessivés et certains cuits pour le reste de leur carrière : Chamakh, Ciani, Trémoulinas et bien sur Gourcuff. Mais le pire affront fait au football, c’est que Laurent Blanc donne à Lyon sa seule demi-finale de Ligue des champions après 32 quarts de finale de suite. Viré.

Après, Blanc prend l’équipe de France, on se dit « Ah voilà, on va redonner un peu de beauté et de gloire à cette équipe avec le premier champion du monde aux commandes ». Mais NON !! Le mec se retrouve avec l’équipe de France post-Knysna et une brochette de petits cons de la génération 1987. Il en exclut certains, en réintègre d’autres et instaure une équipe type malgré tout. Il se qualifie quand même pour les quarts de l’euro 2012 mais pas de bol, tombe contre l’Espagne, tenant du titre, champion du monde et futur vainqueur. Viré.

Etape suivante, le PSG. On se dit « Super, un entraîneur français à la tête de la meilleure équipe de France ». Mais les médias lui tombent dessus dès le début parce qu’il est soit disant le 312e choix de Nasser. Le palmarès parle pour lui, 3 saisons au PSG, c’est 3 titres de champion, 3 coupes de la ligue et 2 coupes de France donc 2 triplés nationaux (sans compter les 3 trophées des champions). Attendez… 3 titres de champions, 5 coupes, 2 triplés… 3-5-2… Illuminatisme. Non, il faut reconnaître une belle gestion d’un effectif difficile et d’une grosse pression au quotidien. Mais NON, cela ne suffit pas encore. Viré. La raison cette fois : pas assez loin en Ligue des Champions, même si les circonstances (deux éliminations malgré des égalités après 2 matchs) ne prouvent pas forcément une limite de compétence. 3-5-2. Et alors que tout le monde pourrait trouver son licenciement abusif, injuste avec toutes ces victoires, il trouve encore le moyen de se mettre des gens à dos, pourquoi ? Il empoche la coquette somme de 22 millions. 22 millions. Beau gosse, même son propre licenciement, il le rate.

Laurent Blanc, l’un des plus beaux palmarès en tant que joueur et entraîneur, ne peut pas s’empêcher de gâcher la fête. Même son surnom de Président est soumis à des interprétations plus que douteuses que je vous laisserai découvrir par vous-même. Laurent Blanc, 16 buts en Equipe de France, dont son dernier « celui qui sauve la maison » pour Thierry Roland, « celui par lequel la lumière est venue » pour Thierry Gilardi, celui qui bat le Paraguay à 7 minutes de la fin des prolongations, dans un match sans Zidane suspendu, celui qui abat l’épouvantail José Luis Chilavert, celui qui lance le tournoi final des bleus, ce but extraordinaire avec Pirès, puis Trézéguet, Laurent Blanc en avant-centre, ce but, putain, mais ce but, il le marque du tibia. Même ça, c’est foiré.

Je conclurai néanmoins sur son principal record. En cette année 2017, Laurent Blanc est toujours le meilleur buteur de l’histoire du Montpellier-Héraut Football Club.

Rien que pour cela, Laurent Blanc mérite pleinement ce hot moké d’or 2016.

Francis Van Nobel 2016 de la Recherche



Que serait le monde sans la recherche ? Si la mauvaise foi était de mise, il serait aisé de citer tous ces fils de pute de laboratoires géants qui nous conduisent à n’en pas douter vers une fin proche et douloureuse. Saluons néanmoins les efforts fournis par les dirigeants du monde entier pour faire en sorte que cette agonie soit courte et rentable. 

Que serait le monde sans les chercheurs ? Si la mauvaise foi était de mise, il serait aisé de citer tous ces fils de pute en blouse blanche qui vendent leur gros cul aux plus offrants pour fabriquer toujours plus de cachets, toujours plus de drogues de merde qui remplissent le gros trou abyssal de notre mal-être bourgeois. 

Ne soyons pas négatif pour autant. La remise d’un prix est toujours un moment de joie et de partage. Et quoi de plus universel que la recherche. Ce domaine si important et si ingrat réservé à ceux qui ne trouvent pas. Mais qui font des efforts, de gros efforts, pour repousser les limites, y compris celle de la connerie. 

Et bien c’est exactement la nature du Francis Van Nobel qui nous réunit ce soir, le Francis Van Nobel de la recherche. Et quel festival !! J’en suis pris de vertige, n’étant pas habitué à contempler le vide d’aussi haut. Que ces grands représentants de la sphère médiatique sportive doivent se sentir seuls à ces hauteurs. Est-il possible d’imaginer ce que ces illustres esprits doivent commettre comme bassesses pour se rendre accessible à un si grand nombre d’abrutis de fans de football enjogginés devant leur écran plat, plat comme leur encéphalogramme. Que ne doivent-ils combattre tous les jours de détracteurs inaudibles, d’autoproclamés petits malins, d’hommes de bas front, d’hommes des bas fonds. Et eux pourtant, qui chaque jour produisent de si belles phrases, de si grandes analyses, de si belles réflexions, ne risquent finalement qu’une chose au temps présent : celle de n’être point compris, celle d’être en avance. Et comme le rappelait René Char : "Il existe une sorte d'homme toujours en avance sur ses excréments". C’est simple, quand bien même me prendrait l’idée saugrenue, voire complétement folle, de me risquer à taper quelques lignes avec mes petits doigts tremblants, il faudrait sur-le-champ que je me les amputasse. Mais qui voici ce soir ? 

Oh je suis gâté. Terriblement gâté. Je dois introduire en quelques secondes tant de ces personnes qu’on ose à peine toucher. Allez, ce faisant, j’ose, un peu, délicatement, comme une première fois, avec des graviers, pieds et poings liés, libres de recevoir le fruit de mon plaisir à les retrouver, si souvent, depuis si longtemps, sans jamais me lasser. Les retrouver ici ce soir, les complimenter de leur parcours, les caresser comme une jeune fille à qui l’on reprocherait de porter une jupe trop courte. Non, mes mots ne franchiront pas cet espace chaud et humide qu’est ma bouche à leur évocation. Malin comme un singe, je n’hurlerai donc pas avec ceux qui les conspuent, à ceux qui ne reconnaissent pas que c’est par la recherche que l’humanité avance, même parfois à reculons, et je préfère rendre hommage à ces héros modernes que l’on retrouve partout, tous les jours et qui nous soulagent à chaque fois, comme des toilettes publics.



Dans la catégorie du Francis Van Nobel de la recherche, les cerveaux en avance sur leur temps sont :
Denis Balbir car “Une victoire 6 à 0 n’a rien de banal quand on cherche le moteur à réaction dans tous les coins du garage. Mais est-ce l’arbre qui cache la forêt ?”
David Michel de L’Equipe, qui n’a pas hésité à poser la question qui dérange à Blaise Matuidi : “Si demain vous gagnez une somme astronomique au Loto, quelle est la première chose que vous faites ?”
Bruno Roger-Petit qui dérange la sphère politique : « Bien que frappé par quatre mises en examen, le député-maire de Levallois, Patrick Balkany, a reçu l’investiture Les Républicains en vue des législatives de juin 2017. S’il était Karim Benzema, aurait-il été sélectionné pour l’Euro ? »
Footmercato.net qui n’a pas peur de bousculer les idées reçues : « Flamini meilleur qu’Iniesta et Xavi ? »
Pascal Praud qui accule Fabrice Arfi lors d’un 13 heures foot consacré au football leaks : “L’évasion fiscale, c’est un sport national et international, manifestement. Est-ce que les gens qui ont pratiqué cette évasion fiscale ont le sentiment d’avoir fait dans les règles ?”
Et enfin, dans la même émission, David Aiello de Yahoo Sports, qui vient prêter main forte à Pascal Praud, afin de piéger ce rabat-joie de Fabrice Arfi : « 18 millions de documents pour Football Leaks, à 60 journalistes, j’ai fait un rapide calcul ça fait 300 000 documents par journaliste  ça fait pas un peu beaucoup ? »